Ce qu’il faut retenir
Le polonium-210 (Po-210) est un élément radioactif naturellement présent dans les feuilles de tabac via les engrais phosphatés agricoles. Libéré par la combustion, il se dépose dans les bronches du fumeur et les irradie de l’intérieur. Un fumeur de 30 cigarettes par jour s’expose à l’équivalent de 300 radiographies pulmonaires par an. C’est le seul composant de la fumée de cigarette à avoir produit des cancers par inhalation seul chez l’animal. Les fabricants de tabac connaissaient ce risque depuis les années 1960 et ont délibérément dissimulé cette information pendant quarante ans. La cigarette électronique ne contient pas de Po-210, la combustion du tabac étant la source exclusive de cette contamination radioactive.
- Le Po-210 entre dans la cigarette via les engrais phosphatés utilisés sur les cultures de tabac, et est libéré lors de la combustion.
- Un fumeur de 30 cigarettes/jour reçoit l’équivalent de 300 radiographies pulmonaires par an depuis l’intérieur des bronches.
- C’est le seul composant de la fumée de tabac dont la cancérogénicité autonome par inhalation a été démontrée expérimentalement.
- Les grands cigarettiers (Philip Morris, RJ Reynolds) avaient identifié le problème dès les années 1960 et ont choisi de ne pas le divulguer sur conseil juridique.
- On estime que le Po-210 est responsable d’environ 1 % des cancers du poumon aux États-Unis, soit plusieurs milliers de cas annuels.
- La cigarette électronique ne contient aucun Po-210 : sans tabac ni combustion, aucune radioactivité n’est produite.
Le 1er novembre 2006, Alexandre Litvinenko prend le thé au bar du Millennium Hotel de Londres avec deux contacts russes. Trois semaines plus tard, le 23 novembre, cet ancien espion du KGB âgé de 44 ans rend son dernier souffle. La cause de sa mort, identifiée quelques heures à peine avant son décès : il avait ingéré du polonium-210, un métal radioactif extrêmement puissant. Son corps était si radioactif qu’il fut laissé de côté pendant deux jours après sa mort, et l’autopsie qui suivit compta parmi les plus dangereuses jamais pratiquées en Occident.
Le monde entier découvrit alors avec effroi l’existence de ce radioélément.
Ce que personne ne dit alors – ou presque – c’est que des millions de fumeurs inhalent du polonium-210 à chaque cigarette. Depuis des décennies. Et que les grands fabricants de tabac le savaient depuis les années 1960, et ont tout fait pour que le grand public ne le sache pas.
Table des matières
- 1 Qu’est-ce que le polonium-210 ?
- 2 Comment le Po-210 se retrouve dans votre cigarette
- 3 Le scandale que les cigarettiers ont enterré pendant 40 ans
- 4 Ce que le Polonium-210 fait au corps du fumeur
- 5 Cigarette électronique : zéro radioactivité
- 6 Polonium-210 le secret le mieux gardé de l’industrie du tabac
Qu’est-ce que le polonium-210 ?
Le polonium-210, noté 210Po, est l’isotope du polonium dont le nombre de masse est égal à 210. Sa demi-vie est de 138 jours. Il a été découvert en 1898 par Marie Curie. Ce radionucléide naturel n’est présent dans l’air et l’eau qu’à l’état de traces, mais il est omniprésent dans l’environnement terrestre.
Le Po-210 est un produit de la désintégration radioactive de l’uranium naturel dans la croûte terrestre. Il émet du rayonnement alpha. C’est ici que réside sa particularité redoutable : le rayonnement alpha est arrêté par une simple feuille de papier ou par la peau. En dehors du corps, le Po-210 ne présente donc pas de risque immédiat. Mais à l’intérieur – inhalé, ingéré, introduit dans les tissus – c’est une toute autre histoire.
Les seuils de radiotoxicité du polonium-210 sont de 0,51 µSv/Bq quand il est ingéré, et 2,5 µSv/Bq quand il est inhalé. Il est près d’un million de fois plus toxique que le cyanure de sodium ou de potassium. Ce chiffre mérite d’être relu : un million de fois plus toxique que le cyanure. Une fois déposé dans les bronches d’un fumeur, le Po-210 irradie les tissus environnants en continu, de l’intérieur, sans que rien ne puisse l’arrêter.
Comment le Po-210 se retrouve dans votre cigarette
Comme pour le cadmium et l’arsenic, le polonium-210 ne figure pas sur la liste des ingrédients ajoutés volontairement par les fabricants. Il entre dans la cigarette par la voie des engrais agricoles.
Comment le po-210 voyage des engrais aux bronches du fumeur
| Étape | Mécanisme | Lieu |
|---|---|---|
| 1. Origine géologique | Désintégration de l’uranium dans la croûte terrestre | Mines d’apatites |
| 2. Contamination agricole | Engrais phosphatés riches en radium et polonium | Plantations de tabac |
| 3. Absorption par la plante | Accumulation via les trichomes foliaires | Feuilles de tabac |
| 4. Transformation interne | Plomb-210 se désintègre en Po-210 | Feuilles séchées et cigarette |
| 5. Libération par combustion | Fumée chargée en Po-210 et Pb-210 | Bout incandescent |
| 6. Inhalation | Particules alpha pénètrent dans les poumons | Voies respiratoires |
| 7. Dépôt définitif | Accumulation aux bifurcations bronchiques | Bronches segmentaires |
| 8. Irradiation locale | Rayonnement alpha continu sur les tissus | Épithélium bronchique |
Si le Po-210 est présent dans la fumée, c’est à cause des engrais riches en phosphates que l’on utilise pour cultiver le tabac. Ils sont extraits de mines d’apatites, une roche qui contient du radium et du polonium. Les feuilles de tabac accumulent le plomb-210 et le Po-210 à travers leurs trichomes – les poils microscopiques de la feuille – et le plomb-210 se désintègre en Po-210 au fil du temps.
La combustion fait le reste. Avec la combustion de la cigarette, la fumée devient radioactive et le plomb-210 et le Po-210 atteignent l’appareil bronchopulmonaire, particulièrement aux bifurcations des bronches segmentaires. C’est précisément à ces carrefours bronchiques que les particules se déposent et restent – irradiant les tissus locaux en continu, bouffée après bouffée, année après année.
Sur les 0,075 Bq/g de Po-210 contenus dans une cigarette, environ 6,7 % se retrouvent dans la fumée inhalée par le fumeur. Le reste part dans les cendres ou la fumée latérale. Mais ce 6,7 % suffit. La fumée inhalée par les fumeurs contient une proportion déjà potentiellement dangereuse de polonium, de l’ordre de 5 à 10 µSv par cigarette.
Polonium-210 dans la cigarette : chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Contexte |
|---|---|---|
| Teneur en Po-210 par cigarette | 0,075 Bq/g | Présent dans les feuilles de tabac |
| Part inhalée par le fumeur | 6,7 % | Le reste part en cendres ou fumée latérale |
| Dose par cigarette inhalée | 5 à 10 µSv | Rayonnement alpha interne |
| Équivalent radios/an (30 cig/jour) | 300 radiographies pulmonaires | Irradiation interne continue |
| Cancers du poumon US imputables au Po-210 | ~1 % | Plusieurs milliers de cas/an |
| Capacité oncogène autonome estimée | 4 cancers / 10 000 fumeurs | Pour 20 cig/jour pendant 1 an |
| Toxicité vs cyanure de sodium | ~1 000 000 fois plus toxique | Par voie interne (inhalation) |
| Demi-vie du Po-210 | 138 jours | Désintégration radioactive continue |
Le scandale que les cigarettiers ont enterré pendant 40 ans
C’est ici que l’histoire du polonium-210 se distingue radicalement de celle du cadmium ou de l’arsenic. Ce n’est pas simplement une substance toxique présente dans le tabac par accident agricole. C’est un secret industriel délibérément maintenu pendant quatre décennies par les plus grands fabricants de tabac au monde.
À la suite de la découverte du polonium dans la fumée de cigarettes au début des années 1960, les grands fabricants américains se sont penchés sur des méthodes susceptibles de réduire les quantités présentes, allant dans le cas de Philip Morris jusqu’à développer le premier laboratoire capable de mesurer de façon fiable les doses libérées.
Ce laboratoire, créé sous la direction du Dr Osdene, avait la capacité de mesurer la radioactivité de chaque lot de tabac et d’exclure les lots trop radioactifs de la production. Une démarche qui aurait pu protéger des millions de fumeurs. Mais l’existence même de ce laboratoire a fini par être jugée dangereuse par la firme : le vice-président de la recherche de Philip Morris, Richard Carchman et William Farone, témoigneront séparément que le groupe, sur les conseils de ses avocats, a fini par fermer ce laboratoire. Trop dangereux si des plaignants pouvaient démontrer que Philip Morris « avait les moyens de faire une cigarette plus sûre mais ne l’a pas fait ».
La formulation d’un mémo interne de 1978, signé par Paul Eichorn et adressé au vice-président de Philip Morris, résume à elle seule l’état d’esprit de l’industrie : « Nous risquerions de réveiller un géant endormi ! »
Les fabricants ont aussi testé des filtres pour éliminer le polonium inhalé par le fumeur : RJ Reynolds a ainsi réduit de 30 % la radioactivité contenue dans les gaz et les particules de la fumée des blondes Winston avec un filtre à la tourmaline. Ce filtre n’a jamais été commercialisé. Les mêmes raisons juridiques ont prévalu : le commercialiser aurait revenu à admettre publiquement le problème.
Ce n’est qu’en 2008, grâce à des documents internes exhumés et publiés dans l’American Journal of Public Health, que le grand public a pu mesurer l’étendue de cette dissimulation organisée pendant plus de quarante ans.
Ce que le Polonium-210 fait au corps du fumeur
Le polonium-210 est le seul composant de la fumée de cigarette qui a produit des cancers par lui-même chez des animaux de laboratoire par inhalation. Pas en combinaison avec d’autres substances. Seul. C’est un fait d’une portée considérable : parmi les 7 000 composants de la fumée de tabac, le Po-210 est le seul dont la cancérogénicité autonome a été démontrée expérimentalement par inhalation.
Il provoque des cancers du poumon par inhalation : il se dépose aux embranchements des bronches où il déclenche le processus de cancérisation. Un fumeur de 30 cigarettes par jour s’expose par sa présence dans la fumée à l’équivalent d’une dose de 300 radios pulmonaires par an.
Prenons un moment pour mesurer ce chiffre. 300 radiographies pulmonaires par an. Soit plus de 5 radios des poumons chaque semaine, toutes les semaines, cinquante-deux semaines par an – non pas de l’extérieur, sous forme de rayonnement traversant le corps, mais de l’intérieur, à partir de particules alpha déposées directement dans les bronches, à quelques microns des cellules épithéliales.
Diverses études ont confirmé que le risque radiologique lié au Po-210 chez un fumeur de 20 cigarettes par jour pendant un an est équivalent à celui découlant de 300 radiographies thoraciques, avec une capacité oncogène autonome estimée à 4 cancers du poumon pour 10 000 fumeurs.
On estime qu’un pour cent des cancers du poumon aux États-Unis est causé par le polonium-210, du fait de l’effet des faibles doses d’irradiation cumulées par les fumeurs. En chiffres absolus, sur les quelque 230 000 nouveaux cas de cancer du poumon diagnostiqués chaque année aux États-Unis, plusieurs milliers seraient directement imputables au Po-210 seul – en dehors de tout autre composant cancérigène de la cigarette.
Cigarette électronique : zéro radioactivité
Le raisonnement est le même que pour le cadmium et l’arsenic, et il est tout aussi imparable.
Le Po-210 arrive dans la cigarette via les engrais phosphatés des plantations de tabac. Il s’accumule dans les feuilles de tabac. Il est libéré par la combustion. Supprimez le tabac et la combustion – et vous supprimez le Po-210.
Les e-liquides DIY sont composés de propylène glycol, de glycérine végétale, d’arômes alimentaires et de nicotine. Aucun de ces ingrédients n’est cultivé sur des sols traités aux engrais phosphatés riches en radium. Aucun n’accumule de Po-210 dans ses molécules. Aucune combustion ne libère de particules radioactives dans les bronches du vapoteur.
Passer à la cigarette électronique, c’est mettre fin à l’irradiation interne continue des bronches – cette irradiation silencieuse que l’industrie du tabac a su chiffrer, a tenté de résoudre, et a finalement décidé de cacher pendant quarante ans plutôt que d’en informer ses clients.
Polonium-210 : cigarette classique vs cigarette électronique
| Critère | Cigarette classique | Cigarette électronique |
|---|---|---|
| Source du Po-210 | Engrais phosphatés des cultures | Aucune culture de tabac |
| Accumulation dans le produit | Oui, dans les feuilles de tabac | Non, aucun ingrédient concerné |
| Libération par combustion | Oui, fumée radioactive | Non, pas de combustion |
| Dépôt dans les bronches | Oui, aux bifurcations bronchiques | Non |
| Irradiation interne continue | Oui, bouffée après bouffée | Non |
| Présence de Po-210 détectable | Oui, mesurée dès les années 1960 | Nulle |
Polonium-210 le secret le mieux gardé de l’industrie du tabac
Le cadmium s’accumule dans vos reins. L’arsenic altère votre ADN. Le polonium-210 irradie vos bronches de l’intérieur, à l’équivalent de plusieurs radios pulmonaires par semaine – rendant le nettoyage des poumons après l’arrêt du tabac d’autant plus nécessaire.
Et contrairement aux deux premiers, dont la présence dans le tabac est le fruit d’une contamination agricole passive, le Po-210 est une substance dont les cigarettiers ont mesuré la toxicité, cherché à la réduire, développé des solutions techniques – et qu’ils ont finalement décidé de taire, sur conseil de leurs avocats, pour éviter d’être condamnés.
L’affaire Litvinenko a mis le polonium-210 sous les projecteurs du monde entier en 2006. L’horreur de cette mort – 22 jours d’agonie, une autopsie parmi les plus dangereuses jamais réalisées – a ému des millions de personnes. Ce que cette émotion collective a masqué, c’est que des dizaines de millions de fumeurs étaient exposés au même radioélément, à doses infiniment plus faibles, mais de façon continue, quotidienne, pendant des décennies.
Passer à la vape, c’est tourner le dos à ce poison radioactif et entamer un sevrage tabagique sans les risques liés à la combustion. Sans transition difficile, sans renoncer à la nicotine grâce au taux de nicotine adapté à la vape, sans perdre le rituel. Juste couper le lien avec la seule substance qui n’ait jamais été prouvée cancérigène par inhalation, seule, sans l’aide d’aucun autre composant.
Si vous ne fumez pas, ne vapotez pas. Cet article s’adresse exclusivement aux fumeurs adultes souhaitant s’informer sur les composants de la cigarette classique et les alternatives disponibles.